Trombinoscope

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Joseph Schumpeter

Joseph Schumpeter naît en 1883, la même année que Keynes et l’année de mort de Marx. Comme eux, il aura jusqu’à sa mort en 1950 une réputation d’économiste « hérétique », qui bouscule la pensée économique établie. Professeur à Harvard à partir des années 1930, il formera les économistes les plus brillants de l’après guerre.

Ce qui l’intéresse par-dessus tout, c’est l’évolution du système capitaliste : « il constitue, de par sa nature, un type ou une méthode de transformation économique, et non seulement il n’est jamais stationnaire mais il ne pourra jamais le devenir » écrit-il en 1942. Le moteur du système, c’est l’innovation et le progrès technique à travers le phénomène de « destruction créatrice ».

Les 5 formes d’innovations

Joseph Schumpeter distingue à ce titre 5 formes d’innovations :

  • l’innovation de produits ;
  • l’innovation de procédés ;
  • l’innovation de modes de production ;
  • l’innovation de débouchés ;
  • l’innovation de matières premières.

C’est grâce à un « entrepreneur innovateur » que la dynamique économique se fait sentir à travers des progrès aussi bien quantitatifs (avec l’augmentation du niveau de production) que qualitatifs. L’entrepreneur est donc l’acteur fondamental de la croissance économique. Il aime le risque et est à la recherche du profit maximal. L’innovation lui permettra d’obtenir un monopole temporaire sur le marché. Il sera donc le seul pendant un certain temps à pouvoir produire cet objet qui lui rapportera donc gros.

Aussi, Schumpeter explique que l’économie est gouvernée par un phénomène particulier : la « destruction créatrice ». C’est « la donnée fondamentale du capitalisme et toute entreprise doit, bon gré mal gré, s’y adapter ». La croissance est un processus permanent de création, de destruction et de restructuration des activités économiques. En effet, « le nouveau ne sort pas de l’ancien, mais à côté de l’ancien, lui fait concurrence jusqu’à le nuire ». Ce processus de destruction créatrice est à l’origine des fluctuations économiques sous forme de cycles.

Ainsi, les formats de fichier audio numérique (ex. mp3) sont en passe de remplacer les supports physiques de lecture (ex. CD), il s’agit d’un phénomène de destruction créatrice. Ce phénomène s’inscrit dans la montée en puissance de l’économie numérique qui sera à l’origine d’une nouvelle période de croissance.

John Nash

John Nash est né en 1928. Ses travaux sur la théorie des jeux lui ont valu le prix Nobel d’Economie en 1994. Il est l’auteur d’une série d’articles qui portent sur les équilibres non-coopératifs, plus tard rebaptisés « équilibres de Nash ».

La théorie des jeux

Issue des mathématiques dans les années 1920, la théorie des jeux permet de prévoir le comportement des agents économiques, en faisant l’hypothèse que tout agent effectue toujours un choix rationnel visant à maximiser ses gains et à minimiser ses pertes.

Elle offre un cadre formel à des questions de stratégies dans des situations d’interactions entre plusieurs agents. Elle s’intéresse notamment aux situations dans lesquelles les décisions prises par un agent ont un impact sur la manière dont les autres agents agissent et réagissent. Par exemple, une entreprise a-t-elle intérêt à baisser le prix de vente de son produit pour augmenter ses ventes ? Pas forcément… L’entreprise doit, ainsi, anticiper la réaction de ses concurrents, qui pourraient suivre la même stratégie de réduction du prix de vente. Sans anticipation de la contre-offensive commerciale des autres entreprises opérant sur le marché, le consommateur sera le seul gagnant (il bénéficiera de la baisse des prix).

Toute la question est de savoir s’il est possible de prévoir les stratégies des différents protagonistes.

L’équilibre de Nash

Nash soutient sa thèse sur les jeux non-coopératifs en 1950. Dans cette catégorie de jeux, les agents ont des buts opposés. Les jeux coopératifs, quant à eux, visent à trouver la meilleure solution en faisant coopérer plusieurs joueurs.

Dans sa thèse, Nash présente une situation d’équilibre qui deviendra bientôt l’« équilibre de Nash ». Par équilibre, il entend une situation dans laquelle aucun des joueurs ne peut trouver de meilleure stratégie de jeu, compte tenu des stratégies choisies par les autres joueurs.

Prenons l’exemple classique du dilemme du prisonnier. Deux prisonniers (A et B) ont commis un cambriolage. Ils sont interrogés dans des pièces différentes et ne peuvent donc pas tenir compte des réponses de l’autre. Si l’un des prisonniers dénonce son complice, il est libre, mais son complice est condamné à vingt ans de prison. Si les prisonniers se dénoncent mutuellement, chacun est condamné à dix ans de prison. Enfin, dernier cas, si aucun des deux ne dénonce l’autre, ils écopent tous les deux d’un an de prison.


A l’équilibre, les prisonniers choisissent de se dénoncer mutuellement car ils n’ont pas la possibilité de coopérer pour obtenir la peine minimale (ils sont dans des cellules séparées). On peut noter que dans ce cas, l’équilibre de Nash n’est pas un optimum de Pareto puisque les deux joueurs pourraient augmenter leur bien-être en coopérant.

L’équilibre de Nash a eu et continue d’avoir de nombreuses applications en économie : on peut citer, entre autres, l’analyse du comportement des firmes en situation de duopole ou l’étude des mécanismes d’enchères pour l’octroi d’un marché public. Ses applications s’étendent également à la géopolitique (un exemple célèbre est celui de la crise des missiles de Cuba, où l’équilibre de Nash est utilisé pour étudier la dissuasion nucléaire) et, plus généralement, à l’étude des choix stratégiques.

Le Comité Nobel a salué à trois reprises (en 1994, 2005 et 2007) les travaux de théoriciens des jeux.

Pour l’anecdote, la vie de Nash a fait l’objet d’un film Un homme d’exception (2001), récompensé par l’Oscar du meilleur film en 2002.

John Hicks

Economiste britannique, John Hicks (1904-1989) a reçu le prix Nobel d’Economie en 1972 pour sa contribution à l’équilibre général et à l’économie du bien-être.
C’est à son fameux modèle IS-LM modélisant la Théorie générale (1936) de Keynes qu’il doit son aura planétaire.

Le modèle IS-LM

Le modèle IS-LM développé par Hicks peut être considéré comme une interprétation formalisée de la Théorie générale de Keynes. Pour rappel, ce dernier considère la demande comme le principal facteur déterminant le niveau de production et celui de l’emploi.

Le modèle IS-LM permet une représentation graphique d’une économie à l’équilibre.

Le graphique, ci-dessus, met en relation le niveau de produit intérieur brut (PIB) avec le taux d’intérêt.

  • La courbe IS décrit les combinaisons de taux d’intérêt et de revenu national qui équilibrent le marché des biens et services. Elle est décroissante car une hausse du taux d’intérêt réduit la demande globale (en freinant l’investissement et la consommation) et, ainsi, le PIB.
  • La courbe LM décrit les combinaisons de taux d’intérêt et de revenu national qui équilibrent le marché de la monnaie. Elle est croissante car une augmentation du PIB pousse à la hausse la demande de monnaie (pour réaliser des transactions supplémentaires). Comme l’offre de monnaie est constante (son niveau est déterminé par la banque centrale), le prix de la monnaie va augmenter. Autrement-dit, le taux d’intérêt augmente.

Dans ce modèle, les prix sont fixes et il n’y pas de commerce international (on dit que l’on raisonne en économie fermée).

Lorsque l’équilibre est atteint sur ces deux marchés (au point d’intersection entre les courbes IS et LM), l’économie est stable. Cette situation correspond à une situation d’équilibre général. Toutefois, elle n’est pas synonyme de plein-emploi. En effet, le niveau d’investissement découlant du taux d’intérêt d’équilibre n’est pas forcément suffisant.

Hicks propose ainsi un modèle qui pose la question de l’intervention publique : quelles politiques économiques pour le plein-emploi ? Ses travaux se concentrent en particulier sur le rôle des politiques monétaire et budgétaire. Ces politiques ont un impact qui peut être reflété par le déplacement des courbes IS et LM.

Pour beaucoup, le modèle IS-LM est considéré comme la base de la macroéconomie.

Economie du bien-être

C’est pour sa contribution à l’économie du bien-être que Hicks a reçu le Prix Nobel d’Economie, en 1972, conjointement avec Kenneth Arrow. Dans son ouvrage le plus connu, Valeur et capital (1939), il offre notamment une reformulation de la théorie du comportement du consommateur.

Jean Fourastié

L’économiste Jean Fourastié (1907-1990) est le père de l’expression “Les Trente Glorieuses“, titre de son ouvrage sur la croissance exceptionnelle de l’après-guerre. Mais il avait aussi un surprenant don prémonitoire.

Il avait prédit que cette croissance ne pouvait pas continuer indéfiniment à un rythme proche de 7%, ce qui aurait signifié un doublement de la richesse nationale par décennie. Le rattrapage de l’après-guerre avait dopé l’économie, mais le dynamisme économique change en fonction du niveau de développement. Une fois l’équipement des ménages effectué, on entre dans une phase de renouvellement, qui se traduit naturellement par un ralentissement de la consommation.
Aujourd’hui, par exemple, les Français sont équipés à 76 % d’un téléphone portable (source : TNS Sofres pour l’Association Française des Opérateurs Mobiles – Oct. 2007). L’enjeu pour les fabricants est de trouver de nouvelles technologies pour accélérer le remplacement des mobiles, et pour les opérateurs de proposer des services s’adossant aux nouvelles fonctionnalités proposées.

Jean Fourastié avait également prévu le risque de chômage de masse, lié à la quête permanente de gains de productivité et à cette saturation relative des marchés de consommation.
Il entrevoyait déjà la nécessité à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés d’adapter nos modes de production à l’écologie.

Jean Fourastié a, par ailleurs, démontré que l’évolution du pouvoir d’achat dépend essentiellement des gains de productivité qui permettent de baisser le « prix réel » des biens et des services. Il a établi une norme universelle permettant de mesurer ce prix réel d’un produit : c’est selon ses calculs, « le temps d’équivalent de main d’œuvre qu’il faut pour le fabriquer ». Cela permet de connaître dans le temps l’évolution du pouvoir d’achat. Ce mode de calcul neutralise les effets de la hausse des prix selon les secteurs et de la hausse des revenus, qui n’évoluent pas à la même vitesse. Il cite comme exemple le prix réel du kilowattheure d’électricité qui a considérablement baissé depuis 1925 alors que pour certains services, comme la coupe de cheveux, où les progrès techniques ont été quasi-inexistants, le prix réel a augmenté.

Jean Fourastié n’est pas reconnu comme un « grand » économiste au plan international. Mais il a inspiré des générations de responsables des politiques publiques en France en leur fournissant un appareil conceptuel leur permettant de légitimer l’intervention de l’Etat dans l’économie.

Alfred Marshall

Si le nom d’Alfred Marshall est peu cité, les concepts qu’il a élaborés sont aujourd’hui encore abondamment utilisés.

De formation scientifique, l’Anglais Alfred Marshall (1842 – 1924) a notamment occupé la Chaire d’économie politique à Cambridge. Il fait partie de l’école néoclassique, et a été le professeur de J.M. Keynes.

L’équilibre partiel

Marshall introduit dans ses Principes d’économie politique les courbes d’offre et de demande qui constituent aujourd’hui la représentation la plus populaire du marché.

Contrairement à l’approche de Léon Walras, qui dans la théorie de l’équilibre général s’intéresse simultanément à l’ensemble des marchés, Marshall raisonne toutes choses égales par ailleurs. Il ne s’intéresse pas aux interactions avec les autres marchés. Le prix est déterminé par les seules variations de l’offre et de la demande du bien considéré. Cette approche, en dépit de sa simplicité est aujourd’hui encore largement utilisée pour représenter les marchés .

Le coût et la valeur

Bien qu’il soit profondément imprégné des idées développées dans les années 1870 par Walras, Menger et Jevons, pour qui l’utilité marginale (la satisfaction que retire un individu de la consommation de la dernière unité d’un bien) est décroissante, Alfred Marshall affine cette idée en y intégrant les coûts de production.

Sur le court terme, c’est essentiellement l’utilité (satisfaction procurée par le bien au consommateur) qui détermine le prix d’un bien : les consommateurs sont prêts à payer davantage pour un bien qui leur apporte une utilité plus grande.

Sur le long terme, les coûts de production deviennent déterminants dans la formation du prix d’un bien. Sur ce point, Marshall renoue en partie avec la tradition classique, selon laquelle la valeur dépend essentiellement de la quantité de travail incorporée dans un bien.

Les rendements de la production

Marshall s’intéresse par ailleurs aux rendements de la production. Avant lui, deux idées s’opposent : pour Smith, les rendements sont essentiellement croissants (en raison de la division du travail), tandis qu’ils sont décroissants dans l’esprit de Ricardo (le capital le plus productif étant utilisé en premier, chaque unité nouvelle est donc moins productive que la précédente).

Face à cette dualité, Marshall développe la loi des rendements non proportionnels. Selon lui, les deux effets se combinent : pour une même production, les rendements croissants commencent par dominer, puis les rendements décroissants prennent le dessus. A l’optimum, un équilibre est trouvé entre ces deux tendances contradictoires.

Marshall regroupe au sein d’une théorie unifiée les concepts d’offre et de demande, de prix, de coût et d’utilité marginale. Cet édifice de logique, qui se veut ancré « dans l’activité ordinaire de la vie », influencera plusieurs générations d’économistes.

L’infographie

Karl Marx

Karl Marx (1818-1883) est le père de la théorie marxiste. Sa pensée combine les idées économiques des classiques anglais, notamment de Ricardo, les idées politiques des socialistes français et les idées philosophiques allemandes, notamment celle de Fichte et Hegel. Il donne une interprétation politique à l’analyse économique de Ricardo divisant la société en classes sociales.

Les deux principales, le prolétariat et la bourgeoisie ont des intérêts antagonistes. Les ouvriers (le prolétariat) vendent leur force de travail, seule source de valeur, aux capitalistes (les propriétaires du capital des entreprises). Mais les travailleurs sont exploités car ils sont payés à vil prix, c’est-à-dire à « la valeur des objets de première nécessité qu’il faut pour produire, développer, conserver et perpétuer la force de travail ». Or par sa force de travail, l’ouvrier crée plus de valeur que ce pour quoi elle est payée.

Le capitaliste confisque une « plus-value » au prolétaire. Cette plus-value est donc, au sens marxiste, du travail qui n’a pas été payé à l’ouvrier. Marx prend l’exemple d’un ouvrier fileur. Pour renouveler sa force de travail, il a besoin de trois shillings, soit six heures de travail.Mais pour ce salaire, il travaille 12 heures. Le fileur travaille donc pendant six heures sans être rémunéré pour cela. Quant à l’État, c’est l’instrument de domination d’une classe sur l’autre. Mais le capitalisme finira par disparaître au terme d’une lutte entre ces classes.

Mis en œuvre dans de nombreux pays, en Europe de l’Est et en Chine notamment, le marxisme a systématiquement engendré un totalitarisme politique et s’est soldé par un échec économique général. Les régimes dits communistes se sont pour la plupart effondrés ou ont fini par se convertir à l’économie de marché. Ils ont seulement sauvé les apparences en gardant officiellement l’étiquette communiste.

David Ricardo

Economiste anglais, David Ricardo publie en 1817 “Principes de l’économie politique et de l’impôt” et est considéré comme l’un des économistes classiques les plus importants. Il développe une théorie de la valeur : selon lui, le prix d’échange d’un bien n’est pas déterminé par son utilité. A titre d’exemple, l’eau ne coûte pas cher, pourtant on en a besoin tous les jours. Ce n’est pas la loi de l’offre et la demande mais « c’est le coût de production qui détermine en définitive le prix des marchandises », c’est-à-dire que c’est le travail qui donne la valeur aux choses.

Qualifié de « libéral pessimiste », il pense aussi qu’alors que la population ne cesse de croître, les rendements de la terre sont décroissants, c’est-à-dire que chaque nouvelle terre mise en culture pour faire face aux besoins d’une population croissante est moins fertile que les terres précédemment cultivées.
Il arrive un moment où la terre ne rapportera plus suffisamment pour faire face au développement démographique. On atteint alors ce qu’il appelle “l’état stationnaire”.

A long terme ce mécanisme des rendements décroissants est contre balancé par le progrès technique. Pour toute société, l’enjeu est de gérer cet arbitrage entre progrès technique et rendements décroissants.
Le bon moyen pour éviter que les rendements décroissants ne paralysent l’économie est de spécialiser chaque pays dans le domaine d’activité où il est le plus efficace ; c’est la justification du libre échange par ce qu’il appelle “les avantages comparatifs”.

Il démontre aussi que tous les pays, sans exception, ont un intérêt à participer au commerce international. Le libre-échange profite à chaque pays puisque c’est un jeu à somme positive. Il n’y a pas de perdants mais que des gagnants.
Par ailleurs, en terme monétaire Ricardo est un défenseur systématique de l’étalon-or. Ses idées ont été assez systématiquement mises en œuvre par le gouvernement britannique dans les années 1850.

Vilfredo Pareto

Vilfredo Pareto (1848 – 1923) est un économiste et sociologue italien. Il doit sa notoriété dans le domaine des sciences économiques à sa théorie sur l’Optimum (de Pareto) et à son apport aux statistiques avec la loi de Pareto.

Né en France mais d’origine italienne, Vilfredo Pareto a entamé des études d’ingénieur à l’Ecole Polytechnique de Turin (Italie). Ses études le conduiront néanmoins à s’intéresser plus particulièrement à l’économie et la sociologie. Grand admirateur de Walras, il lui succède à l’Ecole de Lausanne où il enseignera l’économie politique jusqu’à la fin de sa vie.

L’optimum de Pareto (1896, 1909)

Pareto fait partie des grands théoriciens néoclassiques. Son approche originale de la notion d’utilité (c’est-à-dire de la satisfaction des individus) le pousse à développer une théorie permettant de trouver une situation qui puisse satisfaire l’ensemble des individus. Il développe ainsi le concept d’optimum de Pareto. Cet optimum est défini comme une situation dans laquelle on ne peut améliorer la satisfaction d’un individu sans réduire la satisfaction d’une autre personne.

Il s’agit donc essentiellement d’un critère d’efficience, puisque dans cette situation, tout le monde maximise sa satisfaction compte tenu de ce que font les autres. Pour autant, si cette situation est optimale au plan économique, elle ne relève pas forcément d’une situation juste (ou équitable). Par exemple, si une seule personne possède toutes les ressources, il s’agit quand même d’un optimum de Pareto car cette personne ne voudra rien céder pour améliorer la satisfaction des autres.

La distribution de Pareto ou « la loi des 80 – 20 »

L’étude sociologique des inégalités de revenus en Italie par Pareto l’a amené à un constat : 20% de la population italienne détenait 80% des richesses. Bien plus qu’une observation ponctuelle, il s’agit en fait d’une régularité statistique que l’on observe dans de nombreux domaines. Par exemple, en économie, on observe qu’environ 80% des richesses mondiales sont détenues par 20% de la population.

En management, dans les compagnies aériennes, près de 20% des passagers représentent 80% du CA. De même pour les impôts, 80% des recettes fiscales sont le fait des cotisations de 20% des citoyens imposables. Cette régularité statistique est par conséquent très utile à la prise en compte des différences entre les individus, afin d’adapter au mieux la mise en œuvre d’une politique publique ou d’une stratégie d’entreprise.

John Maynard Keynes

L’Anglais John Maynard Keynes (1883-1946) est probablement l’économiste le plus influent du XXe siècle. Keynes est un des penseurs auquel tout économiste fait inévitablement référence, soit pour interpréter et prolonger sa théorie, soit pour l’infirmer. La vie de Keynes est elle-même passionnante, il a joué un rôle essentiel dans la mise en place des institutions de Bretton Woods en 1944 (la banque Mondiale et le Fonds Monétaire International) et s’est plusieurs fois ruiné et enrichi en spéculant à la bourse. Mais il doit avant tout sa renommée à la révolution qu’il a opérée dans la théorie économique. Ses idées ont notamment inspiré la politique interventionniste du New Deal, mise en œuvre dans les années 30 par le gouvernement américain, mais aussi la plupart des politiques économiques occidentales jusque dans les années 1970 et au-delà.

La réfutation de la loi de Say et de l’équilibre spontané des marché

L’ouvrage le plus célèbre de Keynes est sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936) qui est à l’origine de la macroéconomie moderne. Keynes y récuse l’idée alors dominante qu’une économie de marché se régule spontanément pour atteindre le plein emploi de ses ressources. Il réfute alors la loi de Say selon laquelle l’offre et la demande seraient toujours en équilibre parfait. Keynes souligne à la fois le rôle des incertitudes dans l’économie (les acteurs ne font pas toujours les bons choix, par exemple en surinvestissant ou en sous-investissant dans un secteur) et le fait que la monnaie puisse être détenue pour elle-même (l’individu thésaurise pour se prémunir contre l’avenir et se rassurer), ce qui infirme son rôle de « voile » neutre, c’est-à-dire sans influence sur le fonctionnement de l’économie, décrit par les économistes classiques. Ces éléments font apparaître le risque d’un chômage involontaire, d’une sous-production et de crises économiques auxquels les pouvoirs publics doivent répondre.

L’intervention des pouvoirs publics

Contrairement à ce qui est parfois énoncé, Keynes ne préconise pas aux pouvoirs publics de mener une politique économique active en toutes circonstances. Il estime notamment que les comptes budgétaires doivent être équilibrés sur le long terme. En revanche, il soutient l’idée d’une intervention conjoncturelle, pour soutenir la demande et surtout pour stimuler l’investissement (ce qui implique une baisse des taux d’intérêt). Pour lui l’État, par son intervention, « est en mesure de rétablir les équilibres fondamentaux ». Il n’est en revanche pas question de porter atteinte à l’autonomie de l’entreprise privée.

La question de l’emploi et des salaires

Keynes insiste sur le fait que les salaires ne constituent pas uniquement un coût de production, mais jouent également un rôle important sur la demande. De plus il démontre que les salaires nominaux ne sont pas pleinement flexibles. Les travailleurs refusent le plus souvent une baisse de leur rémunération, qui leur est garantie par contrat. Il n’est par ailleurs pas souhaitable que cette baisse se produise car elle déprimerait la demande et risquerait d’enclencher une spirale déflationniste. La seule façon d’ajuster les salaires trop élevés est donc de jouer sur l’inflation, qui permet d’abaisser les salaires réels. Enfin Keynes, en démontrant qu’une demande trop faible (ou des anticipations trop pessimistes) risque d’entraîner une sous-production, atteste qu’il peut exister un chômage involontaire issu de ce déséquilibre. Il s’oppose encore en cela aux économistes classiques pour qui le chômage était uniquement volontaire et dû au refus des salariés d’offrir leur travail au prix d’équilibre de celui-ci.

Les prolongements de la pensée de Keynes

Les travaux de Keynes ont influencé la majorité des économistes ultérieurs, qui furent nombreux à se réclamer du keynésianisme. Ainsi apparurent le néo-keynésianisme, la nouvelle économie keynésienne et le post-keynésianisme. Ces courants s’accordent sur la nécessité de l’intervention, ponctuelle ou permanente, de l’Etat dans la vie économique, mais diffèrent néanmoins dans leurs approches.

Joseph Stiglitz

Joseph Stiglitz est né en 1943 dans l’Indiana. Ancien économiste en chef de la banque Mondiale (1997-2000), il enseigne actuellement à la Graduate School of Business de l’Université de Columbia. En 2001, il reçoit conjointement avec Akerlof et Spence le prix Nobel d’économie en 2001.

Chercheur prolifique, Joseph Stiglitz a publié de nombreux travaux dans des domaines aussi variés que l’économie du travail, le marché du crédit ou encore l’économie industrielle. Il est avec Akerlof et Spence le fondateur de l’économie de l’information, ce qui lui valu son prix Nobel.

Contrairement à l’approche économique néo-classique qui considère que les agents économiques disposent de toute l’information nécessaire à la prise de décisions, Stiglitz se base sur l’hypothèse – bien plus réaliste – d’information imparfaite. Concrètement, les agents économiques sont contraints à prendre des décisions en situation d’incertitude. Dans certains cas, les individus ne disposent pas de la même quantité d’information, – l’un peut en savoir plus que l’autre – on parle alors d’asymétrie d’information.

Les travaux de Stiglitz ont notamment permis une meilleure compréhension du fonctionnement du marché du crédit.

Marché du crédit

Quand les mauvais emprunteurs chassent les bons.

Prenons l’exemple d’un dirigeant d’entreprise qui sollicite un prêt auprès d’un établissement bancaire. Le banquier doit décider de l’octroi du prêt en situation d’asymétrie d’information : contrairement au chef d’entreprise, il ne connaît pas la rentabilité réelle de l’investissement que celui-ci souhaite réaliser et donc la véritable capacité à rembourser de son emprunteur.

Ainsi, la banque ne pouvant ajuster le taux du crédit à la solvabilité de chaque débiteur va facturer à un « taux moyen » l’ensemble de sa clientèle.

Au final, les emprunteurs de « bonne qualité » s’estimant lésés refusent le taux de la banque qu’ils jugent trop élevé. Les débiteurs douteux en revanche, se précipitent sur ce taux qui leur est favorable. Les mauvais emprunteurs chassent les bons. C’est ce qu’on appelle un phénomène d’antisélection ou encore de sélection adverse.

Face à la multiplication des mauvais emprunteurs, les banques craignant d’accumuler un trop grand nombre de créances douteuses tendent à limiter l’octroi de prêts.

 Après son passage à la Banque Mondiale, qu’il a tout comme le FMI ardemment critiquée, Stiglitz s’est intéressé à la question de la gouvernance de l’économie mondiale. Fort de sa notoriété de Prix Nobel, il a sans être altermondialiste, vigoureusement dénoncé le dogmatisme libéral des grandes institutions internationales et prône une meilleure régulation de la mondialisation.

Plus récemment, Stiglitz a réfléchi aux conditions d’élaboration d’un indicateur de développement alternatif au Produit intérieur brut (PIB). La commission qui porte son nom a rendu son rapport en septembre 2009.

Nicolaï Kondratieff

Nicolaï Kondratieff (1892 – 1938) a observé l’existence de cycles économiques d’une durée de 50 à 60 ans.

Ces cycles économiques comportent plusieurs phases :

  • Une phase d’expansion pendant 20 à 25 ans.
  • Une brève phase de retournement de la conjoncture.
  • Une phase de dépression pendant 20 à 25 ans également.

Pendant ces cycles longs, d’autres économistes ont constaté l’existence de cycles plus courts d’une dizaine d’années appelés « cycles des affaires ». Ils engendrent, par exemple, un ralentissement passager de la croissance pendant une phase d’expansion, mais ne remettent pas en cause l’existence des cycles longs.
Mais la découverte de Kondratieff est empirique : il a constaté l’existence de ces cycles en analysant l’évolution des prix de la France, des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne de 1770 à 1920.

C’est Joseph Schumpeter qui a mis en avant ses travaux. Il leur a donné une interprétation théorique en expliquant ces cycles par des phases de progrès et d’innovations importantes qui dopent l’économie, suivies par des périodes peu créatives.

Friedrich von Hayek

Économiste et philosophe, Friedrich August von Hayek (1899-1992), prix Nobel d’économie en 1974, affirme que les crises économiques sont la conséquence de l’excès de crédit résultant des politiques monétaires trop souvent laxistes. Cela permet aux entreprises d’emprunter de manière inconsidérée sans tenir suffisamment compte de la demande réelle des consommateurs. Ce décalage engendre des hausses de prix pour tenter de compenser des investissements non rentables. Une crise d’ajustement est alors inévitable pour laisser les prix revenir à leur configuration d’équilibre. Contrairement à Keynes, Hayek estime nécessaire d’encourager l’épargne pour réduire l’écart révélé par la crise entre l’investissement et son financement. L’argent mis ainsi de coté n’est pas investi de manière inconsidérée.

Il s’oppose aux théoriciens « constructivistes », qui élaborent des « projets de société » à partir de constructions intellectuelles pseudo-scientifiques. Hayek critique ainsi les « socialistes » mais également les « conservateurs » qui veulent modeler la société conformément à leur idéaux. Il considère que nul ne peut appréhender le monde dans sa complexité, notamment les gouvernants. La démocratie est un moyen, et non une fin en soi. Couplée à l’étatisme, elle risque de se transformer en totalitarisme car l’appareil d’État contrôle alors tout. Il est l’un des représentants les plus significatifs de l’école autrichienne.

Robert Thomas Malthus

Pasteur anglican, Malthus (1766-1834) observe avec inquiétude l’extension de la pauvreté en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle.

La raison ?

Elle est simple : « la population progresse plus vite que les subsistances » ce qui engendre un « déséquilibre croissant ». Il part d’un constat pour lui évident qui est que les surfaces cultivables s’additionnent alors que les bouches à nourrir se multiplient. En langage de son époque, il dit que les subsistances augmentent de façon “arithmétique” et les besoins de façon “géométrique”. En langage moderne on parle dans le premier cas d’évolution “linéaire” et dans le deuxième d’évolution “exponentielle”.

La solution ?

Il faut réduire le nombre de naissances. Comment ? En respectant « des contraintes morales » : en retardant l’âge du mariage et en observant une chasteté absolue avant la bénédiction nuptiale. Chaque famille doit, par ailleurs, se limiter « au nombre d’enfants qu’elle est certaine de pouvoir entretenir ». Et l’État ne doit surtout pas s’en mêler en octroyant des aides sociales : « Le peuple doit se considérer comme étant lui-même la cause principales de ses misères » et « aider les pauvres, c’est multiplier la pauvreté ».

Par extension, le « malthusianisme » définit une politique ou une attitude craintive qui considère que les capacités de développement sont limitées. Concrètement, en cas de déséquilibre entre l’offre et la demande être “malthusien” revient à vouloir réduire la demande et être “anti-malthusien” suppose de chercher à remonter l’offre.

Malthus est un ardent défenseur du protectionnisme absolu, à savoir la mise en place de tous les dispositifs visant à préserver une économie nationale de la concurrence étrangère.

Aujourd’hui la Chine, malgré sa croissance rapide, reste confrontée à un problème démographique d’envergure avec plus d’1,3 milliard d’habitants. Elle a mis en place une politique très malthusienne de contrôle des naissances.

Jean-Baptiste Say

Jean-Baptiste Say est considéré comme le principal économiste classique français. Né en 1767, Il est connu pour avoir élaboré la « loi de Say » (ou « loi des débouchés »). Cette loi est essentielle pour les économistes libéraux et peut se résumer ainsi : toute offre crée sa propre demande. En pratique une entreprise qui met un bien sur le marché donne l’équivalent de sa valeur à ses salariés sous forme de salaires et à ses propriétaires sous forme de dividendes.

Par ailleurs pour Jean-Baptiste Say la gestion de quantité de monnaie en circulation dans l’économie d’un pays n’a aucun impact sur le niveau de production.
On vend un produit, non pas pour récupérer de la monnaie, mais pour pouvoir en acheter un autre. « Les produits s’échangent contre des produits », la monnaie « n’est qu’un voile », qu’un instrument pour faciliter les échanges, pour éviter le troc.

Cette loi implique un équilibre global entre l’offre et la demande. Il ne peut donc y avoir de surproduction. Il y a seulement des déséquilibres passagers, des ajustements qui seront corrigés par le jeu naturel des prix. Il considère ainsi qu’une création monétaire (l’augmentation du volume de monnaie en circulation) supérieure au strict nécessaire pour permettre les échanges de biens et services ne dope pas l’économie. Bien au contraire, elle n’engendre que de l’inflation.

La doctrine que développera plus tard Keynes prônant la relance de l’économie par l’injection de monnaie sera en totale opposition avec cette loi des débouchés élaborée par Jean-Baptiste Say.

Milton Friedman

Fondateur de l’ « École de Chicago », Milton Friedman (1912-2006), a été un critique virulent de l’interventionnisme étatique et des politiques économiques keynésiennes. Conseiller du président Nixon à la fin des années 1960, on lui reproche d’avoir été l’inspirateur en économie, avec ses disciples ultralibéraux surnommés les « Chicago Boys », du dictateur chilien Augusto Pinochet. Il a reçu le prix Nobel d’Economie en 1976 pour « ses découvertes dans le champ de l’analyse de la consommation, de l’histoire et de la théorie monétaire et pour sa démonstration de la complexité des politiques de stabilisation monétaire. »

La théorie quantitative de la monnaie

Friedman est le père du courant « monétariste » et a notamment réactivé la théorie quantitative de la monnaie. Selon celle ci, c’est l’augmentation de la masse monétaire qui est la cause unique de la hausse des prix : « L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu’elle est et qu’elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production », écrit-il en 1970. Son analyse s’inscrit alors dans un contexte de cette époque marquée par une forte inflation les pays occidentaux. Surtout Friedman permet d’expliquer le phénomène de « stagflation » (croissance faible et inflation forte) auquel sont confrontés les pays occidentaux dans les années 1970, notamment suite aux chocs pétroliers de 1973 et 1979. Il ne suffit pas d’abaisser les taux d’intérêt (ce qui augmente en retour l’inflation) pour relancer l’investissement et la croissance. Dès lors Friedman recommande en premier lieu de lutter contre l’inflation, phénomène qu’il juge dangereux et sans aucun bienfait à terme pour le fonctionnement de l’économie, en réduisant la masse monétaire et en augmentant les taux d’intérêt. C’est cette politique qui sera menée par Paul Volcker, à la tête de la FED à partir de 1979 et qui parvient à diminuer l’inflation de 13,5 % (en 1981) à 3,2 % en 1983.

La critique de l’interventionnisme public

Concernant la consommation, Milton Friedman a formulé l’ « hypothèse du revenu permanent » qui postule que les agents économiques agissent, non pas seulement en fonction de leur revenu disponible, mais en fonction du revenu futur qu’ils anticipent. Celui-ci étant relativement stable, ce phénomène tend à lisser l’évolution de la consommation et à la rendre moins sensible, d’une part aux évolutions de la conjoncture, d’autre part aux politiques de relance préconisées par Keynes. Par ailleurs Friedman que toute intervention publique conjoncturelle est vouée à être trop tardive, du fait de la lenteur inhérente aux prises de décisions publiques et du caractère retardé de leurs effets. Dès lors toute politique de relance risque d’alimenter une surchauffe et d’aggraver la crise.

Le taux de chômage naturel

A propos du chômage, Friedman a développé l’idée d’un taux de chômage naturel : l’offre du travail et la demande se rencontrent en un point qui n’est pas toujours atteint car certaines entreprises monopolistiques vont profiter de leur position pour proposer des salaires trop bas, tandis que certains travailleurs exigeront des salaires trop élevés (par choix personnel en fonction de leur salaire de réserve, du fait des exigences syndicales ou encore à cause d’un salaire minimum fixé par l’Etat). Plus ces phénomènes sont marqués, plus le taux de chômage naturel est élevé.

Si Milton Friedman est aujourd’hui critiqué comme l’un des apôtres du « laissez-faire » qui domine les politiques économiques contemporaines, il est important de rappeler qu’il a développé ses théories dans un contexte où le keynésianismeétait le courant de pensée très largement dominant.

Amartya Sen

Né en 1933, Amartya Sen est un économiste et philosophe indien. Spécialiste des problématiques de la pauvreté et du développement, il a reçu le prix Nobel d’Economie 1998 pour « sa contribution à l’économie du bien-être ». Il enseigne actuellement à Harvard.

La théorie du choix social

Dès la fin des années 1960, les principales publications de Sen ont porté sur la théorie du choix social, prolongeant les travaux de Kenneth Arrow qui a prouvé que les procédures de choix collectifs (comme le vote ou le marché) ne peuvent satisfaire les critères de démocratie (théorème d’impossibilité d’Arrow). Autrement dit, l’intérêt général ne peut être défini à partir de la simple agrégation des préférences des individus : la décision au niveau collectif doit être imposée !
Sen s’est efforcé de montrer que le problème posé par le théorème d’impossibilité réside dans le cadre d’analyse utilisé par Arrow. Ce cadre est extrêmement étroit : la seule information mobilisée pour prendre une décision au niveau collectif est le classement individuel des différentes options proposées. Sen promeut une théorie du choix social qui prenne en considération des éléments autres que la seule utilité des individus et permette la prise en compte des enjeux de justice sociale et de redistribution.

La théorie des « capabilités »

Pour Sen, les inégalités entre les individus ne s’apprécient pas au regard de leurs seules dotations en ressources mais de leurs capacités à les convertir en libertés réelles. Il introduit ainsi la notion de « capabilités », qui invite à considérer la pauvreté au-delà des seuls aspects monétaires et à la penser en termes de libertés d’action, de capacités à faire.
Dans son ouvrage Un nouveau modèle économique. Développement, Justice, Liberté (2000), Sen soutient la thèse selon laquelle il n’y a de développement que par et pour la liberté. La tyrannie, l’absence d’opportunités économiques, l’inexistence des services publics, l’intolérance sont autant d’entraves à la liberté. Le marché est nécessaire : son absence serait le déni d’une liberté fondamentale, l’échange de biens.
Sa théorie a toutefois fait l’objet de critiques, notamment car elle ne propose aucune liste des « capabilités » de base.

L’indice de développement humain (IDH)

Son influence en économie du développement s’est traduite par la création de l’IDH par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) en 1990, qui permet d’effectuer des comparaisons internationales en termes de développement.
Cet indice combine trois « capabilités » considérées comme essentielles : la santé, l’éducation et les ressources monétaires. Chaque dimension est évaluée via le recours à un indicateur élémentaire : l’espérance de vie (pour la santé), les taux de scolarisation et d’alphabétisation (pour l’éducation) et le revenu par tête en parité de pouvoir d’achat (c’est-à-dire en faisant en sorte que l’unité de monnaie ait le même pouvoir d’achat dans les pays comparés). L’IDH est le produit de la combinaison de ces indicateurs.

D’après le classement IDH établi par le PNUD en 2009, la Norvège arrivait en tête en termes de développement humain. La France se plaçait au 8ème rang mondial, les Etats-Unis étant derrière, au 13ème rang. Le Niger occupait le dernier rang.

Pauvreté et famines

Enfin, Sen a apporté une contribution pionnière à l’étude des famines, ayant trouvé, par la suite, un écho favorable auprès des gouvernements dans les modes de prévention et de lutte contre les famines.

En 1943, alors âgé d’une dizaine d’années, il est témoin de la famine du Bengale au cours de laquelle plus de trois millions de personnes sont décédées. Observateurs et décideurs ont mis en avant la baisse de la production alimentaire pour expliquer ce drame. Dans Pauvreté et Famines (1982), où il traite des famines en Inde, au Bangladesh et dans des pays d’Afrique subsaharienne, Sen a montré que les situations de famine ne s’expliquent pas forcément par des situations de pénurie alimentaire, mais par de mauvais choix politiques.
Son analyse met en évidence les inégalités engendrées par les mécanismes de distribution et les « droits d’accès » à la nourriture. Pour les réduire, il faut commencer par encourager le contrôle démocratique des gouvernements, car, comme il aime à le rappeler, les démocraties ne connaissent pas de famines.

Conclusion

Amartya Sen est un des rares économistes à appréhender sa discipline avec à la fois le formalisme mathématique et le recul philosophique. Auteur très prolifique, il a bouleversé le champ du développement en enrichissant les critères de définition de la pauvreté habituellement retenus par les institutions internationales opérant dans ce domaine.

Adam Smith

Adam Smith, Ecossais et professeur de « philosophie morale » de son état, est né en 1723. Il publie en 1776 Recherche sur les causes et la nature de la richesse des nations, ouvrage considéré aujourd’hui comme l’acte de naissance de l’analyse économique et du libéralisme.

La main invisible

Pour lui, seule l’efficacité du marché permet la satisfaction du plus grand nombre. Bien que moraliste, Adam Smith considère que l’égoïsme de chacun conduit par la satisfaction de son intérêt à un équilibre. Autrement dit, “la recherche des intérêts particuliers aboutit à l’intérêt général”. C’est ce que la postérité a retenu sous le nom de “mécanisme de la main invisible”, expression célèbre qu’Adam Smith n’utilise pourtant qu’une fois dans son œuvre. L’Etat n’a donc pas à intervenir sur le marché puisque celui-ci se régule naturellement. Il doit se cantonner à des fonctions dites régaliennes (armée, police, justice) pour protéger les citoyens des violences et des injustices.

Smith distingue le « prix naturel d’une marchandise » qui est égal à la somme de « ce qu’il faut pour payer (…) les salaires du travail, le fermage de la terre, et les profits du capital utilisé » et le prix de marché, déterminé par la loi de l’offre et la demande. La « main invisible » permet donc d’atteindre une situation d’équilibre entre le prix de marché et le prix naturel. S’il est trop élevé, cela veut dire que les ouvriers, les capitalistes (qui investissent dans les manufactures ou les établissements financiers) et les propriétaires fonciers gagnent trop d’argent. S’il est trop faible, il ne rémunère pas suffisamment le capital et le travail.

De même, dans les échanges internationaux, Smith conseille « de ne jamais essayer de faire chez soi la chose qui coûtera moins à acheter qu’à faire ». C’est la théorie de l’avantage absolu. Certains pays ont des avantages que d’autres n’ont pas et donc « tant que l’un des pays aura ces avantages et qu’ils manqueront à l’autre, il sera toujours plus avantageux pour celui-ci d’acheter au premier, que de le fabriquer lui-même ».

Finalement, la notion de « main invisible » repose fondamentalement sur le principe d’un équilibre naturel résultant du jeu de tous les acteurs de l’économie en présence et de la confrontation de leurs intérêts, sans qu’aucune intervention régulatrice ne soit nécessaire.